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Tisserande traditionnelle - Nilda Callañaupa Alvarez - Les communautés

Nilda Callañaupa Alvarez accompagnée de son mari

Faites le tour de quatre communautés : Pitumarca, Chahuaytiri (à gauche), Chinchero et Aacha Alta. Dans chacune de ces communautés, les tisserands font renaître leurs anciennes traditions avec l'aide de Nilda et de son centre. Dans chaque communauté, les femmes et les hommes qui parlent le Quechua se rencontrent chaque semaine. Dans un abri construit par le CTTC, ils filent, tissent et tricotent. Nilda visite ces artisans régulièrement (souvent accompagnée de son mari Paulino) pour acheter d'autres textiles pour le centre, pour les encourager et pour essayer d'inventer de nouveaux processus de teinture.

Technique de la chaîne discontinues

À Pitumarca, les tisserands pratiquent l'ancienne technique de la chaîne discontinues (appellée t'iqulla en Quechua), technique que l'on pensait disparue. Pour la plupart des textiles, les fils de chaîne continuent le long du tissu entier. Certains textiles péruviens, par contre, ont une chaîne discontinue pour créer les motifs; les fils de chaîne changent de direction là où les couleurs changent. Cette méthode est laborieuse, comme des fils « d'échafaudage » doivent être installés et le tissage est lent car des baguettes de foule séparées doivent être utilisées pour chaque zone de couleur différente.

Une pièce pré-colombienne de chaîne et de trame discontinues

Dans sa collection, le Textile Museum of Canada possède une pièce pré-colombienne de chaîne et de trame discontinues (T94.1013) datant des environs de 1300-1550 Apr. J.-C. Nilda a apporté une image de cette pièce aux tisserandes de Pitumarca et elles ont trouvé une façon de recréer cet article. Elizabeth Navarro, Felicitas Mamani, Florencia Ccoma et Mauya Ayayu en ont préparé la chaîne. Elles ont calculé l'espacement des motifs et des couleurs et elles entourent des piquets d'acier plantés dans le sol de fils de chaîne. Consultez TEXTILE et ARGILE dans le futur pour voir leur copie exacte de cet ancien textile des hautes terres.

Un textile

Notre prochain arrêt est dans la communauté de Chinchero, située dans une vallée verdoyante, où l'on voit un marché animé. Le sergé effet chaîne est une technique répandue dans cette région. Avec cette méthode, des motifs textiles sont créés à partir des fils de chaîne qui recouvrent complètement les fils de trame. Aujourd'hui, deux types principaux de tissus utilisant la technique sont fabriqués aux Andes péruviennes: ceux à chaîne complémentaire et ceux à chaîne supplémentaire.

Chaîne supplémentaire

Chaîne supplémentaire

Les chaînes de deux couleurs différentes sont disposées en paires complémentaires intégrales à la structure du tissu. Par opposition à la trame supplémentaire, il n'y a pas de tissu de base sur lequel le motif est créé. Chaque chaîne a une contrepartie sur l'envers du tissu, le motif se composant de deux paires de chaînes entrelacées avec la trame. On obtient un tissu réversible dont les couleurs d'un côté sont l'opposé des couleurs de l'autre.

Chaîne complémentaire

Chaîne complémentaire

La technique de la chaîne complémentaire est une manière d'introduire des motifs de chaîne dans un tissu, en y flottant des fils de chaîne supplémentaire par-dessus la base de tissage simple, sans déranger les structures de base du tissage. Les fils de chaîne supplémentaires sont entrelacés à intervalles réguliers avec la trame insérée entre les fils de chaîne de base et flottant à l'envers pour d'autres zones.

Des jeunes filles

À Chinchero, des jeunes filles font partie du Club Jakima, que Nilda a créé pour encourager une association entre les jeunes apprenant à tisser et les maîtres tisserands. En Quechua, Jakima est le nom des rubans étroits à motifs que fabriquaient jadis tous les enfants Quechua. Des concours sont organisés et des prix sont donnés aux tisserandes les plus talentueuses.

Une tisserande

À Chinchero, les tisserandes expérimentées tissent des bordures de jupes élaborées en utilisant plusieurs lisses. Ceci aurait pu commencer afin d'imiter une étoffe espagnole ancienne, mais aujourd'hui ces bordures sont tissées de beaux motifs, à l'aide de techniques complexes.
Ici, une femme de Chinchero tisse une bordure de jupe comme celle qui orne la sienne.

Deux métier de ceintures

Aacha Alta est une communauté située plus haut dans les montagnes, là où broutent les lamas et les alpagas. Grâce à l'encouragement de Nilda pendant les quatre dernières années, ils ont abandonné l'usage de fil acrylique commercial. Ils élèvent les alpagas et les moutons et cultivent les pommes de terres. Ils ont aussi recommencé à tisser leurs sacs traditionnels pour les pommes de terre (voir l'image à gauche), appelés costales, qui avaient été remplacés par des sacs en plastique. Les costales sont faits de laine d'alpaga et de lama de couleurs naturelles, tout comme leurs cordes et frondes tressées.

Des cordes et frondes tressées

Une autre tradition de Aacha Alta est le tressage. Dans le passé, des cordes tressées, complexes et variées, parfois composées de jusqu'à 24 brins, de plusieurs couleurs et de motifs complexes, ont été créées. Aujourd'hui les hommes continuent de tresser des frondes et des cordes. Les frondes étaient utilisées à l'époque pré-Espagnole par l'armée inca, par les fermiers pour protéger leurs champs des oiseaux et des animaux, et par les gardiens de troupeaux pour aider à guider les lamas et les alpagas.

Un textile

Des frondes ornementales tressées, comme celles d'une autre région de Cuzco, que vous voyez à gauche, sont toujours utilisées lors des cérémonies. Celles-ci sont parfois portées à la taille ou lancées en l'air; elles ont souvent des glands, des pompons et des franges.
À Aacha Alta les frondes sont faites de laines naturelles d'alpaga et de lama, munies d'une variété de tresses détaillées et d'un «berceau» au centre pour la pierre. Ce « berceau » est normalement fait d'une tapisserie tissée de motifs. Sur un bout, il y a une boucle pour que le doigt puisse saisir la fronde quand elle est lancée.

Vue détaillée d'un textile

À Aacha Alta, on utilise un autre type de motif de sergé effet chaîne, où les fils du motif ne font pas partie de la structure. Pour cette technique, une des couleurs de la chaîne est en supplément. Ceci est appelé ley pallay ou chaîne supplémentaire, dont le produit est un textile non réversible. Dans cet exemple les flottés rouges supplémentaires sont appariés sur une base de chaîne.
La technique de filage de Aacha Alta a une qualité unique. Par opposition aux autre villages où seules les femmes filent, il s'agit ici d'un travail effectué par les hommes et par les femmes.

Chaîne supplémentaire

Chahuaytiri est une communauté située dans les collines surplombant la Vallée Sacrée des Incas. Ici, les tisserands utilisent des métiers de ceinture ainsi que ceux à quatre piquets, et les hommes comme les femmes tissent. Dans cette image, une tisserande est en train de fabriquer une belle bordure pour les sacs et pour les mantes. Il s'agit d'une technique de finition tubulaire, utilisée sur les bordures des mantes, appelée ñawi awapa (« l'œil du tissu »).

Une jeune tisserande

En plus de leur tissage, toutes les femmes mariées du village filent et préparent la laine pour leurs maris. Les hommes tissent la plupart des tissus les plus grands. Les femmes tissent les éléments de finition plus petits mais également complexes comme les rubans (watana) montrés ici qui ornent les chapeaux tricotés que portent les hommes. Des perles y sont aussi incorporées à intervalles réguliers, ce qui se fait en enfilant les fils de trame à travers toutes les perles, placées aux intervalles désirés, avant de les incorporer dans le tissu.

Un métier de ceinture

Nilda, que l'on voit ici rencontrant les tisserands de Chahuaytiri, sait bien qu'il faudra plusieurs années pour retrouver la qualité de tissage de jadis. Chaque fois qu'elle voit un maître tisserand transmettre ses connaissances à un apprenti, ce qui permet à la culture inca de se perpétuer, son cœur se réjouit et sa motivation pour aller de l'avant se renforce.

Trois hommes de Chahuaytiri

Les hommes de Chahuaytiri ne sont pas seulement d'excellents tisserands, ils savent aussi tricoter. Ils utilisent cinq aiguilles en même temps : quatre pour soutenir l'œuvre, et une pour transférer les points. Il s'agit d'un travail très précis et fin où il y a parfois huit rangs par centimètre; par surcroît ils travaillent avec des aiguilles très fines fabriquées de rayons de bicyclette. La laine est filée très serré et retordue. Dans plusieurs régions, comme à Chinchero, les deux bouts des aiguilles sont pointus, tandis que dans d'autres régions de Cuzco, un bout de chaque aiguille est crochu. Presque tout le travail est fabriqué à l'envers.

Le tricotage

Le tricotage n'était pas connu aux Amériques avant la conquête européenne, et fut introduit durant l'ère coloniale. Il y a des exemples de chapeau tricotés à la boucle; ceux-ci sont faits en utilisant la technique du tissage à l'aiguille, une méthode de tricot archaïque et laborieuse. Aujourd'hui, les hommes de plusieurs communautés montagnardes du Pérou et de la Bolivie portent des chapeaux tricotés.

Image reliée au texte

Le tissage à l'aiguille est apparu au début de la période Nazca (~ 400 Av. J.-C.). Ce point fait penser au crochet d'aiguille où la maille est aussi bouclée, tandis que dans la broderie nazca, il s'agit d'un seul type de tissage à l'aiguille. Pour ce point péruvien, on forme une boucle en recroisant le fil sur lui-même. Malgré la différence structurale, le travail fini ressemble à un tricot, même s'il a été conçu à l'aide d'une seule aiguille. En utilisant cette technique plutôt simple les Péruviens anciens ont créé des motifs élaborés et complexes. Il n'existe aucune preuve que les anciens Péruviens auraient fait du tricot authentique en se servant d'un crochet ou d'aiguilles à tricoter.

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