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Céramiste - Tiburcio Soteno Fernández - L'histoire d'une famille

Une sirène céramique

La céramique mexicaine fait partie intégrale de la vie moderne. La ville de Metepec, située à moins de 50 Km de Mexico, est renommée pour la quantité et l'abondance de sa production céramique. Selon la tradition, la majorité des potiers sont mâles. Les ateliers de cette ville pleine de vie sont de petites entreprises familiales.
La sirène est un thème populaire pour les céramistes de Metepec. Tiburcio explique : « Les gens nous demandent souvent pourquoi nous créons des sirènes quand nous sommes tellement loin de la mer. »

Une sirène céramique

« Vous aimeriez en savoir plus sur la sirena? Jadis, quand il y avait des orages, la rivière Lerma sortait de son lit. Les pêcheurs de la région croyaient qu'une belle femme apparaîtrait là où tombait la foudre.
Quelques pêcheurs étaient assez hardis pour la chercher. Selon la légende, chaque pêcheur qui la voyait était tout de suite enchanté par sa beauté et lui demandait sa main. La sirène répondait toujours oui, mais elle mettait toujours une condition… »

Une sirène céramique

« La sirène faisait promettre à chaque nouveau prétendant qu'il soutiendrait tous ses enfants. « Quels enfants? », pensait alors le prétendant. « Elle est beaucoup trop jeune pour avoir des enfants. »
Chaque fois qu'un nouveau soupirant faisait sa promesse, elle levait ses bras. De ses aisselles surgissaient toutes sortes de créatures marines : des poissons, des grenouilles, des serpents…qui étaient ses enfants. Les pêcheurs étaient bien sûr horrifiés par ce spectacle. Ils détalaient ou mouraient d'horreur. »

 

Vue détaillée d'une sirène céramique

« Tout ceci s'est passé il y a très longtemps. Notre ville a grandit depuis ce temps et l'eau s'est tarie. Des routes et des immeubles ont recouvert l'aire où je jouais quand j'étais gamin, et où les fermiers cultivaient le maïs. Maintenant, l'eau se rend à Mexico au moyen de tuyaux.
Ceux qui croient toujours à la sirène ont une autre façon d'expliquer la situation présente. Les vieux de Metepec disent que quelqu'un aurait kidnappé la sirène pour l'emmener à un autre endroit. Quand elle est partie l'eau de la région s'en est allée avec elle.

Des figurines céramiques

La cuadrilla finie est blanchie à la chaux puis elle est peinte de couleurs vives. Les figurines représentent la personne qui espère être guérie, le cavalier et sa damoiselle, des rois, des musiciens, des danseurs et un prêtre. Il y a aussi un arc-en-ciel et le vent, des éléments naturels associés avec l'eau et l'air.
Le royaume animal est représenté par un coyote, un chien, un serpent, un lézard et un mouton. Vous pouvez voir ces animaux au premier plan de cette image devant une bande de musiciens, sous l'œil bienveillant de St Gabriel. Comme le dit Tiburcio : « Es toda une vida. » [« La création entière y est représentée. »]

Artiste céramiste

À Metepec, les connaissances sont transmises d'une génération à l'autre. Tiburcio a enseigné ses méthodes de travail à ses trois fils. Maintenant ils aident Tiburcio, comme il aidait autrefois ses parents.
Carlos est le fils aîné de Tiburcio. Né en 1978, son travail est déjà recherché par les collectionneurs. Quand Tiburcio fut invité à Toronto pour façonner une pièce pour le Gardiner Museum, Carlos l'a accompagné. La pièce qu'il est en train de peindre ici illustre un jeu d'enfants appelé « El palo encebado » [« le poteau huilé »]

Sculpture céramique

Carlos a hérité la dextérité manuelle et l'imagination vive de son père. Il est déjà en train de développer un style et un sens des couleurs uniques. Cette «arbre de vie», que Carlos a façonné à la main quand il n'avait que vingt ans, représente une divinité aztèque.
Lors de sa visite au Gardiner Museum, Carlos a créé un autre «arbre de vie» magnifique. Dans son centre figure une sirène entourée de vagues et de créatures marines comme des poissons exotiques, des tortues marines, des ormeaux, des hippocampes, des pastenagues, des pieuvres et des huîtres à perles.

Une sirène céramique

La sirène tient un panier débordant de melons, d'ananas et d'autres fruits; contenant aussi des concombres, du brocoli, du maïs, des courges et des chilis.
La fierté que Tiburcio éprouve pour son fils est tout à fait justifiée. Il nous raconte : « Nous, les aînés attendons beaucoup des jeunes qui nous succèdent. Ils inventeront de nouveaux thèmes et de nouvelles méthodes de travail. Nous sommes au sein d'une révolution. »

Des figurines céramiques

Le jeu de « el palo encebado » [« le poteau huilé »] est pratiqué lors des festivals de Metepec. Deux équipes s'affrontent pour arriver au sommet les premiers. La personne qui parvient au sommet la première partage ensuite les prix qui s'y trouvent avec son équipe.
Carlos dépeint les enfants sous forme de squelettes, une pratique commune au Mexique : lors du festival des Jours des Morts, les vivants sont souvent représentés sous forme de squelettes.

Artiste céramiste

À Metepec, la céramique est un art masculin. Il est donc exceptionnel que Tiburcio ait hérité son habileté de sa mère. Modesta Fernández a appris ce métier quand elle était toute jeune, lorsqu'elle fut envoyée loin de chez elle pour échapper à l'infection durant une épidémie.
Aujourd'hui Tiburcio vend toujours des jouets céramiques dans le style de ceux de son enfance. Il y a des taureaux, des coqs, des lions, des lapins et des chevaux ailés. Il fabrique aussi les figurines que l'on utilisait jadis pour les rites de guérison traditionnels.

Image reliée au texte

Les moules utilisés pour fabriquer plusieurs de ces figures sont très anciens et prisés. Tiburcio façonne les plus petites figurines à la main. Chaque cuadrilla - trousse complète de guérisseur, comprend environ 32 pièces. Vous pouvez ici voir une série en train d'être façonnée, incluant la figure d'un homme à cheval avec sa damoiselle.
Tiburcio a appris très jeune à respecter ces figures. Il explique : « Elles sont étranges et mystérieuses. La cuadrilla est très importante pour nous. Nous étions une famille pauvre. Je me souviens toujours du guérisseur qui venait chercher ces figurines. »

 

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« Quand j'étais petit, j'ai demandé à mes parents à quoi servait la cuadrilla et comment elle était utilisée. Ils m'ont répondu que le guérisseur s'en servait pour guérir les malades. Il se servait des figurines pour attirer la maladie en dehors du malade. Il transportait ensuite les figurines à un endroit lointain, comme dans la montagne .»
« Ces figurines sont à mi-chemin entre les choses qu'on faisaient autrefois et celles d'aujourd'hui. Elles représentent un lien entre le passé et le présent. »

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